La méthode

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Chers amis acteurs… Sachez que si vous êtes émotionnellement « à fond », si votre implication va au delà de la simple notion de « faire le job », si votre concentration ne s’évapore pas entre deux prises, il devient beaucoup plus difficile de vous couper au montage. Ce que vous offrez devient alors précieux et vous pouvez même parfois changer le cours d’une narration. Néanmoins, si l’on vous «coupe» (c’est parfois impossible autrement), ce sera après avoir longuement hésité, et c’est généralement suivi des plus plates excuses du réalisateur qui vous assurera de son vif désir de retravailler avec vous. Ça peut faire une vraie différence dans votre parcours professionnel…
Sachez également que si vous avez la sensation qu’un réalisateur vous dirige peu ou mal, lui, de son côté, doit faire face à une somme de problèmes qui s’accroit considérablement ces derniers temps : budgets tirés vers le bas, temps de tournage rétrécis, double-équipe, etc… Il est parfois bien dépassé. C’est pour toutes ces raisons que vous n’avez plus d’autre choix que d’être parfaitement autonome si vous voulez vivre votre métier en portant toujours en vous la certitude d’avoir donner le maximum.

Les tournages que j’ai faits «dans le système» ou sur des projets personnels plus «libres», ainsi que les dix années pendant lesquelles j’ai enseigné au Cours Florent m’ont permis de développer une méthode spécifique qui permet d’aller à l’essentiel et d’être efficace rapidement tout en étant totalement impliqué et sincère.
Cette méthode vous libère de la désagréable corvée d’avoir à vous chercher des excuses. Vous n’en avez plus besoin, vous avez déjà trouvé les solutions !

Les 4 points essentiels de ma méthode :

Intériorité
Le jeu, c’est ce que l’on dit et c’est surtout ce que l’on ne dit pas. Ce que j’appelle «le sous-texte». C’est la charge émotionnelle qui vous permet d’être votre personnage bien avant qu’on ait dit «moteur». C’est là où se mélange votre propre vécu et celui de votre personnage. C’est ici, précisément, que la magie opère. Mais c’est un état fragile et fugace qu’il est difficile de maintenir. Mon boulot consiste à vous permettre de découvrir cet état et de le maintenir le plus longtemps possible. Vous n’êtes plus un acteur qui joue, vous êtes un acteur qui pense !

Sincérité
Quand on est vrai avec les autres, on est vrai avec soi-même. La sincérité, ce n’est pas uniquement une façon de dire votre texte. C’est une façon d’être, une façon de vivre. Le travail de l’acteur est rarement solitaire. S’il est important d’être « intérieur », l’écoute extérieure est également primordiale. 95% du jeu, c’est l’écoute. C’est elle qui vous fait prendre les choix les plus justes. Écoute de son partenaire, écoute des directives, écoute de l’ambiance générale, comprendre instinctivement ce qu’il est important de faire ou de ne pas faire. Pour parvenir à ce niveau d’écoute, la générosité et le désir de faire du projet un succès sont intimement liés. Vous découvrez comment et pourquoi vous connecter avec ce qu’il y a de plus sincère et de plus généreux en vous. Tout simplement pour passer (et faire passer le spectateur) dans une autre dimension humaine.

Puissance
L’émotion est une vague. On est «submergé» par une émotion. Dans cette optique, on peut considérer que l’acteur est un surfeur. La vague, il peut l’attendre sereinement, la sentir venir, apprécier cette sensation, l’imminence de ce qui va arriver… S’il la prend en douceur, cette vague l’emmènera jusqu’au bout. S’il la force, s’il essaie de la manipuler, s’il veut changer son rythme, c’est la chute assurée ! La confiance suffisante pour attendre sans paniquer que la vague arrive, l’écoute de tout ce qui entoure pour trouver instinctivement les bons angles d’attaque et la sincérité qui évite tous les «trucs» et «petites tricheries» permettent au surfeur de ne faire qu’un avec la vague. À l’acteur de ne faire qu’un avec son émotion. Une vague et une émotion ont une puissance similaire : rien ne peut les arrêter !
Avoir un jeu puissant est le contraire d’avoir un jeu en force.

Autonomie
L’autonomie se joue en deux phases.
La première, c’est l’autonomie de l’acteur. Considérer l’apport du réalisateur comme un plus, un cadeau qu’on apprécie infiniment mais qui n’est pas obligatoire. Savoir tirer son épingle du jeu quoi qu’il arrive. Arriver aux castings «chargés» et en ayant pris les devants (costumes, accessoires, etc). En gros, ne rien attendre de personne pour accéder au meilleur de soi-même. De fait, vous passez dans la catégorie des acteurs qui ne sont pas «casse-couilles», ceux avec qui on a envie de bosser parce qu’ils font gagner du temps et sont toujours «à fond».
Deuxième phase de l’autonomie : le «faire savoir» en maîtrisant les outils de l’image (caméra, prise de son, montage). Le métier d’acteur implique, la plupart du temps (quand on n’est pas star), une grande passivité à laquelle un «créateur» ne parvient jamais à s’adapter. En découvrant qu’il est possible d’exprimer son univers par des projets personnels qui impliques (ou non) son jeu d’acteur, déjà il est beaucoup plus heureux, ensuite il agit au lieu d’attendre et souvent, il s’aperçoit qu’il vient de s’ouvrir des portes jusque là insoupçonnées… Il se découvre auteur, ou réalisateur ou même monteur. Il s’aperçoit qu’il a une vision très personnelle, un style. Il rencontre des gens dans le cadre d’un projet qu’il initie (et non pas d’un rôle qu’il supplie). Son rapport au travail change. L’acteur redevient un artiste !


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